Ethnies, ethnicité et nations

Publié le par le mejiste



L’Afrique subsaharienne se caractérise par une extraordinaire diversité ethnique. Par exemple, dans la seule République démocratique du Congo, les ethnologues ne répertorient pas moins de 250 groupes différents. Sans fétichiser l’ethnie ni chercher dans le "tribalisme" le deus ex machina des affrontements, guerres civiles, violences au quotidien, comme ont tendance à le faire les médias, on se gardera de minimiser l’importance des facteurs ethniques dans les dynamiques socio-politiques contemporaines en Afrique (R. Pourtier*).


En termes d’analyse géopolitique, des questions en découlent : la diversité ethnique est-elle un obstacle à la formation de l’unité nationale ? la présence de groupes ethniques en position transfrontalière est-elle un facteur d’instabilité régionale ? Des exemples récents peuvent alimenter la réflexion.


Le Rwanda a connu l'expérience absolue des ravages de l'ethnisme lors du génocide des Tutsis par les Hutus en 1994. Le pouvoir actuel du Paul Kagamé (tutsi, ayant accédé à la présidence en 2000) s'efforce d'appliquer une politique volontariste consistant à nier le fait ethnique afin de tenter de bâtir une nation rwandaise qui ne comporterait plus ni Hutus, ni Tutsis. Une telle politique n'est-elle qu'un leurre ? Les modalités de la réconciliation entreprise peuvent laisser perplexe.


Autre exemple, au Burundi voisin où, depuis les massacres de 1972, les conflits entre Tutsis et Hutus avaient fait environ 300 000 victimes. Pour tenter de mettre fin à la spirale des sanglants affrontements, à base ethnique, un accord de paix, inspiré par Nelson Mandela, a été signé à Arusha, en Tanzanie, en août 2000. Au lieu de nier la question ethnique, l'esprit de cet accord l'assume et en fait un point de départ. Il s'agit alors d'assurer une représentativité équitable des composantes de la population (composée à 15% de tutsis, à 85% hutus). D'une manière générale, la réactivation du concept d'ethnie en Afrique subsaharienne est également venue de la mise en place du processus démocratique qui a fréquemment entraîné la résurgence de l'appartenance ethnique pour fonder le multipartisme.


Il apparaît que la multiplicité des ethnies n’est pas en soi un obstacle au fonctionnement de l’État dans la mesure où l'appartenance ethnique ne constituerait qu’un cadre de référence identitaire parmi d’autres, à une échelle située entre le groupe familial de proximité et l’État. Ethnie et État peuvent alors cesser d’apparaître comme des catégories antagonistes dès lors qu’on raisonne en termes d’emboîtements et non d’exclusion (R. Pourtier*). Les appartenances ethniques participent alors aux dynamiques linguistiques et culturelles qui transcendent les groupes et les frontières et constituent ainsi autant de strates pouvant favoriser les processus d’intégration.

 

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